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 Rage Against the Machine, 25 years ago..

RATMAujourd’hui on célèbre l’album « Rage Against The Machine », paru il y a un quart de siècle, le 3 Novembre 1992.. LE ou l’un des derniers albums à avoir révolutionné le Rock !

Si vous souhaitez replonger en Novembre 1992 en compagnie de Raul Chango c’est par ici :

TWENTY YEARS AGO.. RAGE AGAINST THE MACHINE !
( publié le 3 Novembre 2012 sur l’ancien webzine Los Locos )

En ce début Novembre 1992, on dirait qu’il fait un froid de canard le long des canaux d’Amsterdam.. on dirait, car les gens sont bien couverts alors que moi un débardeur me suffirait.. Je déambule je ne sais où avec un rythme omniprésent dans ma cabeza : « Well, show me the way to the next whisky bar ».. « Well, show me the way to the next whisky bar ».. Impossible d’évacuer cette satanée « Alabama Song » de ma cervelle, pire en me regardant dans les vitrines, j’aperçois, incrédule, le visage de Jim Morrison !?# !
J’suis pas passionné par les Doors plus que ça, et je ne lui ressemble pas du tout à Jim.., j’ai décidé de ne plus brosser ma longue tignasse et ce sont des dreadlocks qui tombent jusqu’à la moitié de mon dos.. et pour mon look, il est fort semblable à un personnage qu’on peut voir actuellement dans les salles de cinéma. Celui de Poelvoorde dans « C’est arrivé près de chez vous » ? Non ! Reservoir Dogs ? Non ! Même si je suis souvent vêtu d’un costard black.. la coïncidence est surprenante, mais on pourrait croire que le grand Coppola s’est inspiré de mon look pour le personnage de Vlad Dracul, interprété par Gary Oldman dans son magnifique Dracula !
Mon état devient inquiétant, est-ce le « libanais rouge » du coffee shop où je me trouvais une demi-heure plus tôt ou la pilule que m’a glissé gentiment la serveuse dans la paume ?.. en tout cas c’est bien psychédélique et le monde me paraît beau !

DamJe suis euphorique alors que les changements de ces derniers temps ne prêtent pas à l’enthousiasme. On vit une époque de grands bouleversements, la fin d’une époque d’insouciance et c’est pas le « Wind Of Change » des Scorpions qui raisonne du bar devant lequel je me trouve qui me rassure.. en ce moment je suis plutôt d’humeur explosive & révolutionnaire, une énorme rage envers le système m’a envahie, elle est bien là, présente au plus profond de mes tripes !
Je préfère déambuler et si possible ne pas cogiter, si je suis à Dam c’est pour changer d’air, oublier la grisaille de mon vingtième, m’oxygéner et revenir affronter la réalité morose de mon Paname, mon barrio populo qui se dégrade de jours en jours..
Oublier les deux années précédentes passées dans mon pays d’origine, refermer la blessure et faire semblant pendant quelques jours comme si rien de grave ne se passait. Éviter les postes de télévisions et ma Yougoslavie qui s’embrase en Bosnie Herzégovine, éviter de se rendre compte que plus rien ne sera comme avant !
Possédé par Jim, je n’arrive pas à stopper le rythme effréné qui tourne en bloc dans mon ciboulot tel un microsillon rayé et je décide de faire une halte au premier rade, coffee shop, pour m’en jeter un, de Jack !
J’investi les lieux enfumés accompagné par le « Boom Boom » de John Lee Hoker qui crache à donf dans ce rade blindé d’aficionados d’la fumette, je prends place sur un un haut tabouret au bar, retire mon cache poussière en toile huilée et tel Clint Eastwood dans « Impitoyable », je lance un regard perçant à la demoiselle des lieux, accompagné par un « Hi, one Jack please ».
Malheureusement ici point de Jack ni de Daniel’s me signifie gracieusement la serveuse aux faux airs de Cindy Lauper, alors que le « Boom Boom » fait place au « World Is Stone «.., « on ne sert que des softs et la grass est de puta made « rajoute elle !
Un gars à la mine patibulaire, derrière son pupitre, me tend le menu « highness » d’la casa, pendant que j’opte contraint, pour une orange pressée, à la place de mon breuvage made in Tennessee préféré.

bulldog menuPendant que j’étudie assidûment le menu, je ne peux m’empêcher de penser, faire des constats sur ce monde qui change, et tout n’a pas été si noir que cela ces derniers temps, j’ai même eu le droit à quelques moments de grande joie.. L’année dernière à Bari, j’ai célébré l’Etoile Rouge de Belgrade comme il se doit!, et j’ai exulté à nouveau de joie au début de l’été, avec la victoire du Danemark à l’euro, la sélection danoise ayant remplacé la sélection yougoslave au dernier moment, suite à l’exclusion de mon pays d’origine, pour cause de guerre et embargo.. Yes papa, j’ai chanté jusqu’au bout de la nuit : « Auf Wiedersehen Deutschland » !
Pour certain(e) cela peut paraître bizarre, mais le sport, les jeux du cirque peuvent contribuer également à la joie et au bien être des gens, au même titre que la musique, la lecture, le cinéma ou les humoristes.
Lors des dernières vacances d’été, je suis resté comme un rat mort à mon Belleville-Ménilmuche, et les Jeux de Barcelone furent également un échappatoire, j’ai vibré au rythme des courses de Marie-Jo, la Perec que j’avais croisé à l’Insep quelques années plutôt.. mais de frustration aussi, de ne pas pouvoir voir la dream team yougo affronter la ricaine arghhhh…(La participation de la Yougoslavie à des sports d’équipe ne fut pas autorisée par le CIO lors de ces jeux..)
Autrement à la téloche, y’a Les Inconnus, que du bonheur !, immanquable les trois joyeux lurons, et niveau zic j’adhère, « C’est toi que je t’aime » ! Mon voisin Bigard quant à lui, assure le show en bas de chez moi en faisant le clown populaire dans la rue, et ça commence à marcher plutôt bien pour sa pomme au Palais des Glaces.
Quant aux escapades Rock’n’Roll.. j’ai hâte de voir l’hallucinant « Zoo Tv Tour » de U2, mais il ne sera de passage dans l’hexagone que l’année prochaine… Cette année la plus belle, je l’ai vécu deux mois auparavant, fin Septembre aux Arènes de Nîmes avec Dire Straits, inoubliable !
Les changements s’opèrent aussi au niveau d’la zic, les Bérus ont arrêté et les ondes hexagonales passent en boucle « Didi » de Kahled, « Caroline » de Mc Sollar, « Ça ne change pas un homme » de Johnny, « Petite Marie » de Cabrel, « Le Chat » de Pow Wow, « Joy » de Francois Feldman, « Pas d’amis comme toi » de Stephan Eicher, « I Will Always Love You » de Whitney Houston,.. « Suzette » de Dany Brillant.. heureusement il y a OuiFm, que j’écoute du matin au.. matin, cette année c’est du grand cru : « One » de U2, « Nothing Else Matters » de Metallica , « Under The Bridge » des Red Hot Chili Pepers » ,« Tears In Heaven » de Clapton, « November Rain » des Guns, « Smells Like Teen Spirit » & « Come As You Are » de Nirvana,.. Freddy Mercury nous a quitté fin 91, « The Show Must Go On » !
J’éprouve beaucoup de mal à passer aux cd et je reste fidèle au son de mes vinyles, et quand on a pas de copec pour acheter tous les albums qu’on désire, on copie (enregistre) sur K7, on empreinte au potos, aux médiathèques, on chine aux puces…
Belleville _il faut se méfier des motsDans ma rue, les frangins écoutent « Authentik « de NTM et « … De La Planète Mars » d’IAM, tout deux sortis l’année dernière et premiers albums respectifs des deux groupes de rap emblématique made in hexagone, et d’autres viennent de découvrir un certain 2Pac et son premier opus « 2Pacalyse Now » …
J’assiste sans état d’âme à l’éclosion de cette nouvelle scène rap, ma préférence pour ce style musical va à Public Enemy, et surtout à Cypress Hill que je découvre.., et à vrai dire je m’en fou, je squatte plus les rades populaires du 20ème, comme ceux de la rue des Panoyaux, et y côtoie des gens déjà nostalgique des Bérus, qui écoutent Los Carayos, Les Wampas, Ludwig Von 88, Les Sheriff, Happy Drivers, Garçons Bouchers, La Souris Déglinguée, Parabellum, Les Negresses Vertes, La Mano,.. cette dernière dont l’escapade printemps-été sud américaine du Cargo 92 avec la compagnie Royal de Luxe m’a fortement intrigué ! J’entends parler souvent de leurs chanteur, que j’ai croisé dans un squat à Sèvres en 84 ou 85, leurs albums sont tous aussi bons les uns que les autres et « Out Of Time Man » passe en boucle sur ma radio préférée, et que dire de leurs trips, de ces escapades peu singulières.. waouh j’aimerais embarquer !
On discute zic dans la rue, cannette de bière à la main, des groupes alternatifs se produisent un peu partout dans mon quartier populaire, ça rigole, une impression de joie présente, et pourtant …
Et pourtant, les gens sont de moins en moins vrais et s’isolent dans une nostalgie au goût amer.. Que pasa por la calle ? Nada ! Pump up the volume, plus de bruit !
Dans les nights clubs de la capitale, la populace se trémousse sur les dance floors sur « Rythm Is A Dancer » de Snap, « Black Or White » de Michael Jackson », « Jump » de Kriss Kross, « 1990 » de Jean Leloup,.. « Dur Dur D’Être Un Bébé ».. Moby rafraichit l’ensemble avec sa Trance Techno Ambient , mais mon oreille est attirée vers un gars qui saute dans tous les sens et dont les textes sont sensés et revendicatifs, un gars qui porte un chapeau à corne style amérindien et qui se nomme Jay Kay, son premier single « When You Gonna Learn » aves son band Jamiroquai est « so fresh » comme disent les british.
Personnellement suis un peu pommé musicalement ces derniers temps, j’attends certainement, aussi.. le grand changement, le band avec un Rock différent & qui déboite un max !
Tout le monde parle de Nirvana et de son album « Nevermind », suis pas convaincu, en ce moment j’écoute « Live » d’AC/DC, « Achtung Baby » de U2, du Rock 70’s & du Bob of course.. et depuis peu, assidument du Charles Aznavour !
Le mois prochain sortira « Tostaky » des Noir Dez, peut-être l’album du changement ???..

RATM backDes nuages de good vib’s partent en fumée, et je commence à être sérieusement déshydraté, je rêve d’une belle rousse irlandaise, d’une énorme pinte à la couleur rougeâtre.., d’une Irish Ale de puta madre ! Résolu, j’opte pour une.. double fresh orange, et fais signe au chef des menus que ma préférence va à la Purple Haze !
Ce dernier me tend un p’tit sachet rempli de têtes pourpres, je ne perd pas mon temps et je m’empresse de goûter cette herbe aux couleurs si particulières.
En ce moment je pourrais certainement gagner un concours à Dam, pas meilleur que moi pour rouler les doubles feuilles OCB, que ce soit d’un point de vue de vitesse ou d’esthétisme, mes boombastics sont d’une ergonomie parfaite, un minimum de feuille, une ligne épurée, jalousée par plus d’un de mes compagnons de fumette. Même d’une seule main à l’aide de ma cuisse pour le rouler et de mon menton pour finaliser le collage, le résultat est parfait !
Pendant que je déguste la Purple, le gadjo des menus interrompt la radio et glisse un cd dans le lecteur.. un son prenant, agressif & frappant.. une « bomb track » avec des riffs Metal puissants et un chant rappé tout autant puissant..
Je suis de suite interpellé par ce son qui déboite un max et qui me transperce littéralement, un mélange prodigieux, une fusion de Metal et de Rap qui m’envoute à la première écoute, bien meilleur que le Hardcore que j’ai pu entendre depuis peu, un chant rappé qui s’intensifie et devient hurlé & rageur : « Burn, burn, yes you’re gonna burn… » whaouuu j’adooore !!!!!!
« Mon pote » à la mine patibulaire s’empare d’un ballon, et commence à shooter dans un mur du shop, alors que le second morceau du cd commence sur une intro aux riffs tout aussi puissants que le premier, voir plus , ponctué par un « Killing In The Name Of » ! Le chant est exceptionnel et monte en puissance, avec une force de son que j’avais jamais entendu jusqu’alors.. « Now you do what they told ya, Now you do what they told ya,..» MAGNIFIQUE !!! C’est l’apothéose, je commence à fondre sur mon tabouret, possédé comme à mes dix ans lorsque j’ai entendu la première fois l’album « Let There Be Rock » d’AC/DC, une sensation rare qu’on vit qu’une seule, voir quelques fois dans sa vie.. une vraie révélation, le voici le band du changement, le band de puta madre que j’attendais ! « Fuck you I wont do what you tell me ».. « Motherfucker ! »..j’éprouve une envie irrésistible de me lever de mon tabouret et de lever mon poing en l’air, remuer ma tignasse et.. jumper dans tous les sens dans le shop.. mais apparemment suis le seul à être dans cette état de béatitude, d’extase speed !
Incrédule j’observe le gars qui continue à shooter dans son ballon et en me retournant je constate que l’assistance est dans un état léthargique, fracassée par les good vib’s du shop ! « Hello, is there anybody in there ? », c’est comme si les gens présents, entendaient une autre musique, étaient en lévitation, et subissaient l’ivresse planante du « Confortly Numb » des Pink Floyd.. la grass est vraiment bonne mais quand même.. serais-je au paradis et serais-je le seul à entendre cette musique divine ? Un gars au visage d’origine pakistanaise avec d’énormes yeux ressortant d’sa tête tire sur son bang à ne plus en finir.. je me demande comment il peut inhaler autant de fumée, quand il arrêtera d’aspirer et quelle taille aura le nuage de fumée de sa bouffée ???..
Je me lève et vais apostropher le gars qui continue à jouer au mur ballon : « Hey man, tell me please, what’s this fucking sound ? ».. Tout en continuant à shooter dans sa baballe il me répond en hurlant : « This is Rage Against The Machine.. Rage Against The Machine man, from L.A » , puis s’arrête de shooter et m’explique qu’il revient juste des States où il a acheté le CD et que ce band c’est d’la bombe atomique !
Yeap man , une vraie bombe atomique, je suis en totale harmonie avec cette base rythmique de puta madre, limpide & ultra efficace, puissante & groovy , ce son de guitare trituré innovant & monstrueux, ce chant rageur, révolutionnaire qui fait mouche à chaque balle distillée, une vraie claque musicale, une vraie apothéose rock’n’rollienne d’une high energy sans précédent !!!
De bomb track en bomb track, mon excitation est à son paroxysme, l’invasion corporelle de cette rythmique possessive est sans appel, je constate de suite que je suis en présence d’une dose vitale, d’un vrai son Rock qui déboite un max et qui accompagnera ma vie.. d’une merveilleuse explosion sonore, la batterie s’énerve autant que le chant hurlé qui me transperce : « A bullet in ya head, a bullet in ya head,.. Ya gotta bullet in ya fuckin head ! » Yeah !!!
« Yeah we’re comin’ back then with another bombtrack ».. « Know You’re Enemy ! » je ne tiens plus en place et me lève pour entreprendre au milieu du shop, une sorte de pow wow survitaminé, une transe hardcore provoquée par ce son si intense. La serveuse me regarde avec stupéfaction m’agiter dans tous les sens, alors que le peuple présent, le cul scotché aux chaises et attablé devant des pipes à eau, s’interroge sur la nature de l’herbe que j’ai consommée ! « All of which are american dreams, all of which are american dreams,..»
Devant une assistance autant amorphe et non communicante je décide de mettre les voiles alors que l’intro du morceau qui suit me fait penser au « Kashmir » des Led Zep, je vais saluer et remercier quelques minutes le gars qui vient de me faire découvrir ce band incroyable et ressort du shop sous des hurlements : « WAKE UP ! WAKE UP !! WAKE UP !!!»
Je retourne déambuler dans la nuit illuminée de la belle Dam, « Rock and Roll » de Led Zep a chassé Alabama Song, je suis heureux d’avoir connu LE band du changement, je viens d’emmagasiner un max de good vib’s au hasard de la vida, une p’tite rousse irlandaise serait la bienvenue pour trinquer à cette vida loca et continuer à apaiser ma rage against the machine..

Extrait de « Rock This Life » Raul Chango’s chronicles, Nov 2012

NB : L’année suivante, j’ai pu enfin acquérir dans l’hexagone la fameuse galette et sa célèbre pochette où figure le moine bouddhiste vietnamien Thích Quảng Đức s’immolant par le feu.
Un album qui pour moi, représente le ou l’un des derniers albums à avoir révolutionné le Rock et qui se trouve toujours à bonne place dans ma discothèque idéale !
Depuis, j’ai eu la chance de voir le band à plusieurs reprises sur scène et à chaque fois ce fut intense et inoubliable !
La dernière fois ce fut le 4 Juin 2008 à Bercy.. assurément LE concert de la décennie !!! Tout était réuni pour une soirée inoubliable, une sono surpuissante & impressionnante, un public incroyable (j’ai souvent critiqué le public hexagonal mais là BIG UP), une prestation certes de 75 min mais une prestation de puta madre, d’une rare intensité ! Oui ce 4 Juin 2008 RATM a pulvérisé Bercy, la meilleure fosse qui m’a été donné de voir à ce jour, une ferveur indescriptible, l’impression que les gradins allaient s’écrouler tellement l’émotion des spectateurs était vive !
J’ai encore des frissons en me remémorant l’intro précédant cette déferlante mémorable : l’Internationale résonne, Zack de la Rocha apparaît sur scène et lance un « Our name is Rage Against The Machine and we’re from Los Angeles, California ! » & c’est parti ! Inoubliable !!! Parole de Locos !
Raul Chango

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Une réflexion au sujet de « Rage Against the Machine, 25 years ago.. »

  1. Ah yes trop bon ce texte!!! Toute une époque!.. Par contre en roulage de bédo j’ai trouvé à qui parler… moi qui roulait des parfaits 2 feuilles par force 9 avec les doigts gelés hehehe big up los locos

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